Conférence de presse de la deuxième et dernière édition du festival Zic à Ouf, organisée en juin 1992 dans le parc de la mairie du 7ᵉ secteur de Marseille.
De gauche à droite : Pierre Rastoin, maire du 7ᵉ secteur, Christian Poitevin, adjoint à la Culture auprès du maire de Marseille, et Daniel Saint-Léger, directeur du festival.
La première édition s'était tenue en 1991 dans le parc de la mairie du 8ᵉ secteur. Ces deux éditions ont profondément marqué la vie culturelle des 13ᵉ, 14ᵉ, 15ᵉ et 16ᵉ arrondissements de Marseille, en mettant à l'honneur les musiques actuelles et les jeunes talents du territoire.
Le festival s'inscrivait dans une dynamique d'accompagnement menée notamment par Jean-Marc Monterra, qui œuvrait au développement des pratiques musicales des jeunes en leur offrant des conditions favorables à leur progression et à leur expression artistique.
musicien, spécialiste de l'impprovisation libre, propos recueillis par marie d'Hombre, Association Récits
"Ce qui me fascinait, c'était la liberté totale de fabriquer son vocabulaire, de créer sa palette musicale et d'appréhender autrement les sons"
Guitariste et co-fondateur du GRIM (Groupe de recherche et d'improvisation musicale) en 1978 - Rencontré en mars 2022 à son domicile.
Guitariste autodidacte issu du rock et co-fondateur du GRIM (Groupe de recherche et d'improvisation musicale) en 1978, Jean-Marc Montera a largement influencé le champ de la création musicale marseillaise, en développant des propositions originales, accessibles, pluridisciplinaires et présentes dans les quartiers populaires marseillais. Après avoir été basé en divers lieux de la ville, le GRIM a fusionné en 2016 avec le GMEM, mais continue à promouvoir, à partir de leurs locaux situés à La Friche, des ateliers et workshops destinés aux musiciens expérimentaux.
Au cours de notre entretien, J-M Montera évoque les rencontres musicales, théâtrales, artistiques, poétiques et institutionnelles ayant marqué son parcours créatif ainsi que l'évolution, au cours des cinquante dernières années, des musiques expérimentales et improvisées à Marseille. Nées du refus des musiciens de subir les formes compositionnelles académiques dans les années 1960, portées par des artistes désireux de rechercher d'autres formes de sonorités, ces propositions musicales inventent également de nouveaux modes de création et de transmission basés sur la transdisciplinarité, la transmission et la rencontre.
J'ai débuté la musique en autodidacte. Mon grand-père était guitariste à L'Estudiantine Ajacienne, un ensemble amateur en Corse, mon père grattait également et moi, j'ai commencé lorsque j'étais adolescent, je jouais avec des petits groupes de quartier sur des reprises de chansons de rock, de Johnny.
Lors de ma dernière année de lycée d'enseignement technique, j'ai rencontré deux élèves, avec qui j’ai commencé à jouer. Par l'intermédiaire de la mère du batteur, notre groupe a été sollicité par une troupe de théâtre amateur qui cherchait des musiciens pour son spectacle Les chants de Maldoror. Cette troupe, Art nouveau, était dirigée par Maurice Vinçon, un homme très impliqué dans la vie culturelle marseillaise. Il organisait notamment le festival Mai au Mini dans un chapiteau implanté place Carli et créait des pièces novatrices pour l'époque. Pour Les Chants de Maldoror, nous avons joué sur scène, au Gymnase, avec des projections, des acteurs nus sur scène, et donc notre groupe de rock...
Grâce à cette expérience, je me suis découvert une affinité avec le théâtre, l'écriture et la poésie qui ne m’a jamais quitté ensuite. Cette expérience de troupe, des gens qui travaillaient par ailleurs comme enseignants ou à la Poste, a constitué pour moi un chemin d'accès à la culture aux antipodes du centre d'enseignement technique dans lequel j'avais été scolarisé. J'ai commencé à fréquenter leur lieu de répétition, qui était situé à vingt mètres du Gymnase, rue Mazagran. Puis j'ai été recruté comme placeur au théâtre, ce qui me permettait d'assister à toutes les pièces.
L’année suivante, j’ai remplacé Guy Robert dans le groupe "Eau Noire", un groupe de rock progressif inspiré de Soft Machine et Pink Floyd, constitué au départ d’élèves du Lycée Thiers.
Marseille dans le milieu des années 1970 était un désert culturel au niveau musical : la plupart des têtes d'affiche se produisaient à Paris et à Lyon, rarement plus au Sud. Il y avait toutefois quelques fulgurances. Par exemple, le théâtre aux étoiles proposait des concerts en plein-air au Pharo pendant l'été : Johnny, Jacques Higelin, Petula Clark et Hugues Auffray s'y sont produits. Il y a eu Pink Floyd salle Vallier, qui accompagnait un ballet de Roland Petit ; Frank Zappa à deux reprises au parc Chanot et sous un chapiteau au Prado. Led Zeppelin a failli venir en 1971, mais au dernier moment, le groupe a annulé son concert marseillais.
A part ça, pas grand chose côté pop et rock-post woodstock.
Par contre, Antoine Bourseiller, qui dirigeait alors le théâtre du Gymnase, a été déterminant pour la musique : il était très ami avec Barre Phillips, un bassiste de jazz américain et lui laissait le plateau chaque lundi soir pour des concerts derrière le rideau de fer.
On entrait par l'entrée des artistes et on avait accès à la scène. Il invitait d'autres musiciens à jouer avec lui. Parfois, il organisait des concerts, dont l'un, vers 1973-74, avec Raymond Boni (compagnon de Geneviève Sorin), un guitariste dit "libre" m'a poussé à abandonner le rock et basculer dans la musique expérimentale.
A la suite de ce concert, j'ai commencé à acheter tous les disques que l'on pouvait trouver à l'époque sur le sujet, dont Derek Bailey, guitariste anglais considéré comme le père de l'improvisation libre, qui a été déterminant dans mon cheminement musical. J'ai également découvert d'autres univers musicaux, le Jazz avec John Coltrane, mais aussi la musique baroque : Stravinsky, Varese, que j'écoute encore aujourd'hui. J'étais totalement autodidacte, n'ayant pas suivi de cursus académique, j'ai appris à l'oreille, sans lire les notes. C'est plus tard, en apprenant d'autres instruments que je me suis formé au lexique musical, ce qui a ouvert encore de nouveaux champs.
Ce qui m'a fasciné dans la musique expérimentale, c'est la liberté qu'elle offrait, la possibilité de constituer sa propre palette sonore, fabriquer son propre vocabulaire. Je me suis mis à écouter les sons de manière différente, non plus comme des bruits potentiellement agréables ou nuisibles, mais comme des rythmes, des tonalités pouvant être intégrées dans un système musical. De plus, elle ouvrait (et continue à ouvrir) des espaces potentiels de rencontres entre des gens d'univers éclectiques, au service de la création de nouvelles formes musicales. C'est la raison pour laquelle je me sens plus proche des musiciens baroques que du jazz, dont l'impro reste codifiée selon des règles de rythme et de genre idiomatiques stricts et contraignants. Le courant auquel je me réfère est beaucoup plus improvisé. Il est né du refus de musiciens des années 1960 de subir les contraintes des formes compositionnelles de l'école de Vienne. L'un de ses maitres à penser est James Banks qui a renouvelé l'usage des instruments baroques, en vue d'une certaine authenticité musicale, qui, dans le contexte actuel, devient novatrice. L'improvisation repose sur une réflexion autour des formes originelles. Préférer des boyaux à des cordes de métal, jouer de la guitare, non pas avec un médiator, mais en posant des objets sur les cordes, ne pas se limiter aux gammes imposées par le système chromatique, inventer des sonorités avec toutes sortes d'objets, de nouveaux instruments à partir de machines, d'outils destinés initialement à d'autres usages. Quand John Cage décide de mettre des gommes, des morceaux de bois ou des vis à l'intérieur d'un piano pour en faire "un piano préparé", il invente un autre instrument. Ce qui compte tient aussi dans la démarche, l'intention.
En 1977-78, alors que j'étais en première année de faculté, une troupe itinérante strasbourgeoise a débarqué à Marseille : L'attroupement, composée de musiciens et de comédiens. Elle jouait Agamemnon à la Maison de l'Etranger (qui était une salle de spectacle à ce moment-là). Suite au départ de leur musicien, ils cherchaient un guitariste et m'ont proposé de m'engager ; j'ai abandonné mes études et mon statut de pion pour partir avec eux en tournée. Un an plus tard, à mon retour, j'ai créé avec deux comédiens (Pierre Lhiabastres et Laurent Vercelletto) une compagnie : Théâtre et musique provisoire. On proposait principalement des spectacles pour enfants, du type "les aventures de Robinson Crusoë", que l'on répétait au théâtre du Merlan et jouait dans les cités des quartiers Nord - Busserine, Flamands, La Pomme, Font Vert, etc.. La RTM nous avait mis à disposition un bus. Cette compagnie a tourné presque deux ans, selon le principe de théâtre nomade inspiré de L'Attroupement et, avant eux, de la Comedia-del-Arte (Goldoni) et des traditions du spectacle vivant du Moyen-Age.
Lorsqu'un spectacle de théâtre inclue plusieurs modes d'expression concomitants, il faut créer de la place pour tout le monde. Je participais aux spectacles en tant que musicien, mais j'avais envie d'investir plus de temps dans la musique.
j'ai alors créé le GRIM avec trois autres musiciens : André Jaume, le pape de la musique free à Marseille que j'avais rencontré dans le cadre du festival Mai au Mini, Gérard Siracusa, puis David Rueff, Lionel Dublanchet et l'écrivain Christian Tartin nous ont rejoints.
Notre projet était de favoriser la création et la diffusion de la musique improvisée à Marseille, notamment à travers des concerts et des ateliers pédagogiques. Nous ne savions pas combien de temps durerait le projet, chaque année, on pensait que c'était la dernière. Finalement, le GRIM a duré trente-huit ans. Dès le départ, l'adjoint à la Culture de la ville de Marseille, Pascal Paoli, a soutenu le projet et nous a mis à disposition des locaux au 44 rue des Dominicaines, dans une ancienne imprimerie, où était déjà logé le GMEM (Groupe de Musique Ecxpérimental à marseille, fondé en 1972). Cet accueil bienveillant a été bénéfique et même si nous n'avions pas de vrai lieu de diffusion, nous pouvions disposer de salles pour faire de la pédagogie, organiser des workshops avec des musiciens. Nous avons pu inviter Barre Phillips, Derek Bailey, Paulo Couéco ou des joueurs d'instruments traditionnels, comme Djampchid Chemirani, un joueur de Zarb iranien. Ils venaient trois ou quatre jours, les gens s'inscrivaient aux cours. Chaque année, jusqu'en 2016, le GRIM a poursuivi son activité de pédagogie et de formation.
Au début, nous étions plusieurs sur le projet : André Jaume, Gérard Siracusa, David Ruef, Lionel Dublanchet, Christian Tartin et Guy Longnon - alors professeur de la première classe de Jazz du conservatoire- devenu président du GRIM.
Peu de temps avant, le conservatoire avait également ouvert une classe d'électro-accoustique, dirigée par Marcel Fremiaux, qui a servi de lieu de formation à de nombreux musiciens du GMEM.
Nous nous étions pour la plupart rencontrés au début des années 1970 : André Jaume dans le cadre du festival Mai au Mini, Gérard Siracusa et Christian Tartin lorsque j'étais jeune guitariste parce que mon groupe "Eau noire" cherchait un batteur. Gérard s'était présenté comme batteur et Christian comme percussionniste. Nous nous sommes retrouvés quelques années plus tard autour de ces mouvements divers - rock expérimental, musique improvisée, expérimentale - qui cherchaient à se distancier des formes académiques et d'éprouver de nouvelles formes artistiques, que ce soit en musique, en littérature ou dans les arts visuels. Gérard Tartin par exemple, était également poète, cinéphile, littéraire, il a d'ailleurs fini par arrêter les percussions pour se consacrer à ses autres passions. La plupart des initiateurs du projet ont quitté le GRIM en cours de route, dans les années 1980, souvent parce qu'ils partaient vivre à Paris, ainsi David Ruef et Gérard Siracusa, tous deux devenus professeurs au conservatoire d'Argenteuil. Moi, je n'en avais aucune envie, j'étais trop attaché à Marseille, à Endoume, dans ce quartier que j'ai toujours habité. Alors j'ai pris la présidence du GRIM et poursuivi les workshops jusqu'en 2016. D'autres musiciens se sont associés pour un temps, par exemple Bruno Chevillon, Yves Robert, Christian Vergara, etc.
Après 1986, notre immeuble de la rue des Dominicaines a été réquisitionné pour être transformé et on a dû déménager. On a alors trouvé une ancienne salle de cinéma rue Sénac et le GMEM nous a rejoint pour quelques années.
En 1992, la cité de la musique a été créée ; elle a alors accueilli dans ses locaux le GRIM et le GMEM, en plus du Centre Provençal Musiques Animation (CPMA). Mais suite à des tensions internes puis à des inondations de salles Musiques de cours, le GRIM a quitté les lieux pour investir les anciens locaux du Centre International de Poésie Marseille (CIPM) situés à la Vieille Charité, où nous sommes restés jusqu'en 1996, année durant laquelle nous avons été cambriolés. Tout mon matériel a disparu, il fallait repartir à zéro. Nous avons trouvé d'abord un appartement rue Pressencé, puis en 1998 découvert l'espace Montevideo. Le lieu étant trop vaste pour le GRIM seul, nous nous sommes alors associés à la DiphTong Compagnie (Hubert Colas) qui était également en recherche de lieu et avons proposé à la ville de soutenir notre installation en binôme, ce qui a été accepté avec enthousiasme. Le lieu a ouvert en 2000. Pour la première fois, le GRIM avait un lieu de diffusion et d'administration situés au même endroit, alors que jusqu'à présent, nos concerts avaient toujours lieu dans les salles disponibles, au théâtre Massalia notamment, mais aussi dans d'autres espaces, surtout au musée Cantini, au musée d'histoire, dans des galeries, ce qui avait l'avantage de maintenir le contact avec des acteurs culturels autres.
Je n'ai jamais été salarié du GRIM, je préférais rester bénévole et distinguer cette fonction de mon métier de musicien qui reposait sur le statut d'intermittent du spectacle. Mais le GRIM a eu longtemps une équipe de salariés qui s'occupait de la communication et de l'administration. On programmait 40 à 50 concerts par saison (20 à 25 soirées), soit 50 à 70 artistes d’Europe, USA et Japon ainsi qu'un festival "Nuit d’Hiver" et des sessions pédagogiques (enfants) ou de formations professionnelles dirigées par les artistes de la programmation.
J'ai toujours voulu investir mes compétences au service des jeunes n'ayant pas eu accès à la musique académique. Après Théâtre et musique provisoire, j'ai animé des ateliers dans les quartiers des arrondissements 13-14-15-16, et peu après j'ai été sollicité pour aider des groupes de jeunes musiciens à composer leurs morceaux et à les enregistrer en live avec un studio mobile. Un disque "Rock attitude" de 33 tours en est sorti en 1988, à partir de certaines de leurs compositions. Ensuite, quelques musiciens de ces groupes ont été choisis pour participer à l'opéra « Heler Skelter », projet de la compagnie de François-Michel Pesanti associant acteurs professionnels et musiciens amateurs. Au total une douzaine d'acteurs et 17 musiciens, dans un orchestre que je dirigeais. L'opéra a eu une tournée européenne (1992).
Le GRIM a toujours été soutenu par la ville, à laquelle se sont ensuite adjoints l'Etat, la Région et un peu plus tardivement, le Département. En 2016, la DRAC nous a alerté des réductions budgétaires prévues et nous a conseillé de nous protéger en nous plaçant sous l'égide d'un centre national. LE GMEM, avec lequel nous avions déjà cohabité durant plusieurs années, était alors intégré au Centre National de Création Musicale (CNCM) et son directeur, Christian Sebille, a proposé que l'on fusionne. Cela m'allait bien, j'ai pu négocier les conditions et préserver les projets, l'identité et le budget du GRIM. Finalement, on a anticipé sur les fusions obligatoires qui ont ensuite déferlé dans le monde de la culture. Au moins nous sommes nous choisis. Les salariés qui le souhaitaient ont été intégrés à l'équipe du GMEM et Christian m'a proposé de devenir artiste associé au GMEM, ce qui m'a permis d'y stocker une partie de mon matériel - des amplis, des claviers, des synthés, des guitares - tous instruments très encombrants que je ne peux pas garder chez moi. Aujourd'hui, je peux m'y rendre quand je veux pour travailler mes créations et mes projets. Par exemple, je viens de créer une musique destinée à la prochaine exposition de la Vieille Charité "les objets migrateurs" et j'ai pu faire tous mes enregistrements au GMEM. Je continue également à y animer l'atelier d'improvisation libre "le Marseille Labo band" qui existe depuis les années 1990.
Quel regard portez vous aujourd'hui sur le développement de la musique expérimentale à Marseille?
Grâce à sa présence dans la durée, le GRIM a insufflé à Marseille une dynamique qui a contribué à faire connaitre la musique expérimentale et entrainé l'ouverture de nouveaux lieux de diffusion, comme l'Embobineuse, l'atelier 404 ou Data. Aujourd'hui, héritant de 38 ans de GRIM et 45 ans de GMEM, je pense que Marseille occupe une bonne place dans l'univers musical. Le relais est pris par d'autres personnes, d'autres groupes plus jeunes. Ce renouvellement "naturel" m'a aussi incité à lâcher plus facilement le GRIM.
Le fait que l'ordinateur soit désormais considéré comme un instrument de musique participe à ce développement. Il a permis à des gens n'ayant pas de formation académique de se lancer dans la musique et la recherche expérimentale. Ce n'est pas parce qu'on ne connait pas le solfège qu'on est sourd. De plus, l'arrivée sur les scènes musicales de DJ ayant touché au rap et au mix de platines a ouvert de nouvelles orientations musicales fondées sur des cultures différentes et d'autres usages des sons. Je penser par exemple à Eric M, musicien marseillais issu du rock, ayant fait un passage aux platines, et dont la création suit l'évolution de la technologie, ce qui permet de créer de nouvelles formes. Marseille n'est pas seulement la ville du Rap comme certains la présentent. C'est aussi une ville du rock, de l'opérette, de Franck Zappa et d'autres modes musicaux, comme l'expérimental...
Que souhaitez vous à la musique expérimentale pour les prochaines années?
je ne sais pas si elle portera toujours ce nom. Aujourd'hui, je préfère parler de musique de création plutôt que expérimentale, 'expérimentation étant de toute façon partie prenante de la création. Je trouve que les dynamiques actuelles sont interessantes : en ce moment par exemple, des jeunes musiciens font revivre, dans leurs créations, la folk musique et d'autres genres que l'on n'entendait plus et qu'ils remodèlent de manière originale. Je remarque aussi que les gens qui s'attellent à ce genre de pratiques ont des cultures musicales solides, basées sur des écoutes de multiples genres musicaux.
La possibilité d'écouter en ligne des milliers de morceaux est un véritable atout et la culture du Sample a inauguré un champ nouveau car pour sortir un sample, il faut écouter beaucoup de musique. Quand j'écoute les productions de Dr Dre, je reconnais pas mal d'influences : black music des downtown, Funk, classique, Coltrane. Aujourd'hui, faire du Rap implique d'écouter et de connaitre Varese. Mais ce n'est pas seulement le cas des musiciens actuels : dès les huit premières mesures d'un morceau de Zappa, on peut reconnaitre, en fond, Varese et Stravinsky. Par contre, grâce au net, les jeunes musiciens piochent à droite à gauche et se construisent plus facilement leur propre bagage culturel.
Pour autant, la transmission reste importante : je crois qu'elle est indissociable de l'activité de musicien. J'ai toujours animé un atelier d'improvisation : le Marseille Labo Band est à géométrie variable, mais une vingtaine de musiciens y participent régulièrement. Un autre atelier sur les voix, animé par Natacha Muslera, et basé sur la même idée, existe. Depuis 2017, ils ont lieu à la Friche de la Belle de Mai. Enfin, les workshops, ou résidences comme on les appelle aujourd'hui, restent de vrais lieux de pédagogie et de transmission ; je continue à en proposer dans les lieux où je me produis en concert.
L'époque la plus marquante à Marseille demeure à mon sens la fin des années 1980 : la direction par Dominique Wallon des arts et de la culture a été un âge d'or pour la création, il y avait une vraie conjonction entre l'artistique et le politique. Il a insufflé un véritable changement de perception de la culture, à la fois chez les Marseillais et dans l'équipe dirigeante et cette dynamique s'est poursuivi pendant les trois décennies suivantes. On a surfé sur la vague Wallon jusqu'en 2013.
Christian Poitevin, alias Julien Julien Blaine de son nom de poète, adjoint à la culture entre 1989 et 1995, a poursuivi ces orientations, par exemple avec la création du CIPM, la plus grosse bibliothèque de poésie contemporaine d'Europe, de la Friche ou du Musée d'Art Contemporain où se produisaient des pièces de Richard Baquié et de nombreux concerts."
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