A gauche l'affiche réalisée par Henry Crova de la première saison qui a commencé seulement en janvier 1986.
A droite le visuel adopté par la suite réalisé par une agence de com qui était installée boulevard National
En 1982, le Théâtre de la Mer, récemment arrivé à Marseille, qui a donné la première représentation de sa pièce « Harrouda », adaptée du 1er livre de Tahar Ben Jelloun, à la MJC Corderie, cherche un lieu. René Murat, Directeur de l’Office Municipal de la Culture et des Loisirs accepte leur demande de s’installer à la MPT de la Busserine. Cet équipement s’était retrouvé sans gestionnaire au moment de la mise en œuvre de la loi PLM1 et par conséquent avait été inscrit à l’inventaire de la Mairie du 7e secteur en tant que Centre d’Animation de Quartier. A ce stade, la Mairie s’était bornée à y affecter une concierge, Mme Chambel, à laquelle nous devons probablement que l’établissement n’ait pas été vandalisé voire incendié. Le bâtiment accueille plusieurs associations culturelles du quartier s’appuyant sur cette dynamique, l’équipe du Théâtre de la Mer dirigée par Akel Akian et Frédérique Fuzibet y organise des ateliers, des stages de théâtre, et programme des artistes dans le lieu. Ils vont ainsi poser les bases d’un lieu culturel en devenir.
En juin 1984, en tant que bénévole de l’association Régie Réponse créée 2 ans plus tôt avec l’équipe de la MJC Corderie, équipe qui assurait la technique du Festival Populaire du Quartier Saint Victor, je me retrouve à la régie du Festival des Quartiers Nord organisé par le Théâtre de la Mer dans le petit Théâtre de plein air de la Maison des Familles, proche du Centre Urbain du quartier du Merlan. J’y croise Marie-Jeanne Delarozière qui, après sa mission au théâtre du Merlan, y assurait une fonction de coordination culturelle à l’échelle du 14e arrondissement. Je la connaissais car elle animait des cours de danses traditionnelles à la MJC Corderie.
Elle m’aborde dans le courant de la journée, me signifiant que je suis peut-être celui pouvant donner corps à ce qu’elle a imaginé avec JJ Leporati pour le devenir de la Maison Pour Tous de la Busserine en tant que lieu culturel du quartier.
L’été suivant, je rédige un préprojet sur la base duquel l’équipe politique de la ville convainc la mairie de secteur de me recruter afin que je le développe à partir de cette Maison pour Tous. Cela motive ma demande de mutation du Centre d’Animation de Quartier Saint-Mauront géré par la mairie de 2e secteur que je dirige depuis mai 1982 à la MPT de la Busserine devenue Centre d’Animation de Quartier dépendant de la mairie du 7° secteur.
Cette demande met un an à aboutir et c’est finalement en septembre 1985 que j’arrive à la direction de ce qui ne s’appelait pas encore l’Espace Culturel Busserine. Durant cette attente de 12 mois, la dynamique portée par les associations culturelles et le Théâtre de la Mer s’était nettement atténuée. Je prends mes fonctions à un moment où le projet de lieu culturel est en perte de vitesse.
Lors de mes débuts, je fais le tour de tous les opérateurs du quartier : Mission Locale, les 2 centres sociaux, la Maison des Familles, le Théâtre du Merlan... Ensuite, je rencontre Pierre Yves Debrenne alors Directeur de la Politique de la Ville qui affirme au cours de notre entretien : « Il faudrait installer un espace culturel dans chaque arrondissement... ». Puis René Murat : « il faudrait que l’Espace Culturel Busserine soit inscrit dans le prochain contrat de plan ». En effet, à l’époque, la politique de la ville était encore régie à travers les contrats de plan Etat-Région, les « Contrat de Ville » ont pris le relais seulement en 1994.
1 https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000880033/
Cette aventure a été éprouvante et passionnante, elle a duré 6 ans. En me lançant, j’avais décidé de consacrer trois ans à mettre en oeuvre le projet puis de rechercher une autre mission2.
En fait, cela a pris le double de temps...
Au bout d’un an, il était nécessaire de formuler un projet plus structuré que l'ébauche de l’été 84.
Les réunions des protagonistes du moment n’avançaient pas. L’un d’eux suggéra d’inviter un expert pour structurer nos échanges et notre réflexion. M’inspirant de la méthode en place à la MJC Corderie d’un séminaire annuel de 2 jours à l’extérieur de Marseille, j’organisai une session de deux jours à l’hôtellerie de la Sainte-Beaume sous la houlette de Michel Jean-Jacques qui avait travaillé au Ministère de la Culture avec Jack Lang. J’enregistrai et fis transcrire nos échanges puis réalisai une synthèse qui est toujours la base en vigueur du fonctionnement de l’ECB 35 ans après.
L’Espace Culturel Busserine est un lieu ressource pour la réalisation de nombreux projets artistiques avec et pour les habitants. Il est impossible de tous les énumérer mais on peut citer l’un des plus emblématiques : Helter Skelter, un opéra rock de 1992 de Fred Frith et François-Michel Pesenti. La musique a été composée par Frith, avec livret de François Michel Pesenti, et dirigée par Frith et Jean-Marc Montera, le pari étant que la partition soit interprétée par de jeunes musiciens issus de quartiers prioritaires. Il a été présenté comme une "tragédie d'opéra" jouée pour la première fois en décembre 1990 au Théâtre Toursky à Marseille. Des 16 jeunes musiciens ayant participé, plusieurs sont aujourd’hui professionnels comme Hamed Compaoré ou Edmond Hosdikian et collaborent encore avec Jean-Marc Montera. Il est aussi à l’initiative d’une programmation estivale de plein air intitulée « La Guinguette » qui est devenue itinérante après s’être déroulée une première fois du 14 juillet au 15 aout 1997 entièrement dans la cour de l’Espace Culturel.
Quelques mois après ma prise de fonction à la Busserine, le chef de projet JJ Leporati me sollicite pour imaginer la restructuration de la Minoterie de la Palud en haut du parc de Fontobscure, en lieu de pratique musicale pour les jeunes. Le projet prend la forme d’un ensemble de box de répétition insonorisés complétés par un studio d’enregistrement et un show room. Finalement, le Secrétaire Général de la Mairie Centrale de l’époque opte pour la réalisation du « Musée de la Moto ». Certainement par l’effet du hasard, l’Espace Musical Hypérion verra le jour plus tard au coeur du 4eme arrondissement dans une configuration similaire à celles que j’avais imaginée pour le site de Fontobscure.
En 1986, Marie Jeanne Delarozière qui exerce désormais sa mission de coordination à l’OMCL à l’échelle de tous les secteurs prioritaires rédige un bilan complet des projets culturels soutenus par la « Politique de la Ville ». Il y en a une dizaine pour un financement global de 1,5 MF soit 229 000 €.
2: Deux paramètres m’avaient incité à cette posture. Le premier était qu’après sa mise en place le fonctionnement dans la durée pouvait devenir routinier et ennuyeux. Le deuxième était qu’il n’était pas souhaitable que les lieux soient dirigés trop longtemps par la même personne.
Le théâtre Chignolo pour la première Guinguette en 1987 dans la cour de l'Espace Culturel Busserine
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