Installation "Mari Mira" sur le J4 en 2007 par Le groupe artistique Les Pas Perdus qui s’inscrit dans un mouvement d’art contemporain collaboratif
"Mari-Mira est un univers transportable et évolutif avec ses maisons, ses dépendances, ses mobiliers et objets, son jardin, en plein-air et qui rend hommage à ce que l’on nomme “l’esprit cabanon”; cet art de vivre particulier qui habite les cases de l’Ile Maurice, les cabanes de Beauduc, les cabanons de jardin ouvrier"
Propos recueillis par Marie D'Hombres
Association Récit
Jacqueline Nardini travaille depuis sa création, et jusqu'en 2023, à la Direction des Affaires culturelles de la ville de Marseille, après avoir été employée à l'office municipal de la culture fin des années 80, afin d'assister Christine Breton, qui initiait en partenariat avec Dominique Wallon, une politique axée autour des arts visuels.
Elle fut initialement embauchée pour faire des recherches historiques , écrire des articles pour la nouvelle revue « la galerie de la mer », assister des artistes lors de commandes d'expositions. Puis début des années 90 ses recherches s'orientèrent sur une collection, celle du fonds communal d'art contemporain créée en 1949 pour décorer les bâtiments communaux .
"Cette collection, qui alors n'en était pas une, était tournée vers des artistes dont on avait acquis certaines oeuvres depuis 1949 de façon très sporadique, pour décorer les édifices communaux : Par exemple, la sculpture de Marianne ornant la salle des mariages. Dans les années 1960, le musée Cantini s'était également appuyé sur ce fonds pour développer sa propre collection et acquérir quelques très jeunes artistes comme Surian ou Sylvander . Puis le FCAC était tombé en déshérence, avant que nous ne le ressortions de ses limbes, début des années 90, afin de le réactualiser, le nourrir et donner ainsi une assise historique à une politique culturelle locale balbutiante en matière de création contemporaine.
J'ai en premier lieu réalisé un historique, retrouvé les œuvres, créé un inventaire numérisé à partir d'articles et de documents d' archives municipales et muséales. A partir de cette première collecte, nous avons décidé de restaurer et redynamiser cette collection : retrouver les oeuvres ayant fait l'objet de prêts, et développer des créations In Situ avec de jeunes artistes de la région ou des artistes internationaux invités.Par ailleurs Christine Breton s'était entourée d'autres chargés de mission , l'époque était dynamique : certains travaillaient sur la création d'ateliers d'artistes et d'espace d'exposition, d'autres sur la promotion de projets de création, et de partenariats avec les associations arts visuels... Je poursuivais ma mission à partir du Fonds communal et mettais en place une politique d'application de la loi portant sur le "1% artistique" des commandes publiques.( toute collectivité s'engageant dans des travaux de rénovation de bâtis (équipement culturel, bâtiments scolaires ou administratifs) devait consacrer 1% du budget de construction à des réalisations d'artistes).
Je travaillais en transversalité avec la direction de l'architecture sur les créations à promouvoir dans le cadre des travaux engagés. Les façades du Toursky, de l'Alhambra,de la nouvelle Cité de la Musique ont alors bénéficié de ce dispositif : avec les photos de Laurent Malone , Francine zubeil,Olivier Ménanteau.L'inventaire du FCAC tient à jour les réalisations financées par la ville de Marseille.
Nous avons dynamisé une production d' oeuvres éphémères installées dans l'espace public, par exemple autour du port avec la réalisation d'oeuvres de Bartolani et Caillol ( damier au sol et mobilier géant, aujourd hui la Cible de Jean baptiste Sauvage y a trouvé sa place ). De plus en plus d'oeuvres et d'artistes investissaient les bâtiments industriels désaffectés, comme les anciens silos dans les quartiers nord, la galerie de la mer après la fermeture des mines de Gardanne, la manufacture de tabac à la Belle-de-Mai. On impulsait ainsi des pratiques en dehors des musées, dans la rue et des espaces ouverts, ce qui favorisait la rencontre avec le public. La revue "La galerie de la mer" créée dans les années 1990 rendait compte de ces oeuvres éphémères.
J'ai poursuivi ma mission au sein de la Direction Générale des Affaires culturelles lorsqu'elle a été créée. Par rapport à d'autres grandes métropoles, comme Lyon, qui, à la même époque, développait plutôt une politique culturelle institutionnalisée autour d'équipements municipaux, la spécificité de la notre ville portait sur son attention au secteur associatif animé par des artistes. On fonctionnait sur le modèle de la pépinière, en répartissant le budget culturel entre une diversité d'initiatives associatives et des équipements municipaux classiques, Musées, Conservatoire, Opéra.L'attribution de ces subventions avait l'avantage de mettre en avant une multiplicité d'artistes, de permettre l'éclosion d'un grand nombre de projets et d'événements dans la ville et, de nourrir les champs des arts et de la culture par des pensées et des réflexions variées. Des comités d'expert se réunissaient chaque année afin d'étudier les projets proposés. Certains, d'envergure, ont permis de développer des équipements structurants - par exemple le Château de Servières, Triangle, Astérides ou Sextant et Plus à la friche Belle de mai , et d'autres encore portés par des collectifs d'artistes comme La Compagnie dans le quartier Belsunce. Les comités d'experts ont été maintenus pour soutenir les projets d'aide à la création plus éphémère comme par exemple le journal mural de Casa-factory. ( la sérigraphie permettait d'associer plusieurs artistes dont les oeuvres étaient affichées dans la ville le long de la ligne de bus N°70 allant du centre ville aux Abattoirs).
Vue de l’exposition « It’s not my job, it’s your job/Ce n’est pas mon travail, c’est votre travail », de Paola Pivi, au MAC de Marseille, en 2023.
"A Marseille, la résurrection en beauté du Musée d’art contemporain
Après la mue assez spectaculaire de son bâtiment, le MAC rouvre au bout de quatre ans de travaux et d’incertitudes, et présente un nouvel accrochage généreux de sa collection permanente."
Au fil des années, cette expertise et cette diversité ont attiré de plus en plus d'artistes venant de l'extérieur, d'autant que la pression foncière sur la ville n'était pas excessive.
Avec le temps, mon poste a sensiblement évolué.A partir de 1995, outre le Fonds Communal d'art contemporain, j'ai pris en charge la mission Arts visuels et le partenariat avec les associations et les galeries ; la politique des arts visuels s'appuyait sur les initiatives associatives par le soutien aux structures dont les objectifs étaient conformes avec les orientations prioritaires que nous nous étions fixées: le soutien à la jeune création, la transversalité, l'international ou le développement des actions créatives en espace public, la diffusion. Ultérieurement j'ai pris en charge également les Ateliers d'artistes. Sur trois sites, situés dans les deuxième, quatrième et sixième arrondissements ces ateliers sont encore attribués durant vingt-trois mois à un loyer préférentiel à des jeunes artistes âgés de moins de trente-cinq ans. Les dossiers sont reçus sur appel d'offre et sélectionnés par un comité de professionels. Ces artistes sont parallèlement accompagnés par Triangle - Astérides, le centre d'art contemporain installé à La Friche, dans leur professionnalisation et l'exposition de leurs œuvres : seize ateliers en 2022 occupés chacun par un ou deux artistes ce qui est peu au vu de la demande. Les bâtiments appartiennent à la ville depuis plusieurs décennies ou ont été rachetés par celle-ci, comme c'est le cas du bâtiment de Lorette dans le 2ème arrondissement.Des projets complémentaires ont bien évidemment permis de développer les résidences d'artistes et leur accueil à Marseille.
Quelles ont été les principales évolutions de la politique municipale en matière culturelle ?
Globalement, les missions se sont développées, en restant à l'écoute de la création contemporaine et du secteur associatif qui n'a cessé d'augmenter et de se diversifier au fil du temps, certains lieux devenant des espaces permanents et emblématiques de la création, comme c'est le cas de la friche de la Belle de mai qui constitue un bel exemple de cet essaimage artistique en lieu et place d'anciens espaces industriels.
En 2013, Marseille a été nommée capitale culturelle, ce qui a cristallisé énormément de synergies et de volontés de se rendre visible sur un plan international. Cet événement nous a permis de modifier l'image de la ville à l'extérieur, qui, désormais, est bien perçue comme une pépinière artistique, ce qui contribue à l'augmentation du nombre d'installation de jeunes artistes plasticiens et de collectifs venant d'ailleurs. Perçue également comme une ville dynamique et novatrice,
comme en témoigne l'accueil de la biennale d'art contemporain Manifesta à Marseille en 2020, qui s'est manifestée par la tenue de nombreux expositions et événements multidisciplinaires malgré la pandémie qui en a limité l'écho.
Des initiatives intéressantes ont vu le jour ces dernières années, elles démontrent l'aptitude des artistes à se glisser dans les espaces entre-deux et les lieux disponibles, même de manière transitoire, à l'image de ce que promeut l'association "Yes we camp". Le couvent Levat (13003), anciennement occupé par des soeurs dominicaines et qui doit faire l'objet d'une rénovation, a provisoirement été investi, dans le cadre d'un bail précaire, par l'association "Juxtapoz" qui en a fait un lieu d'expérimentation, de création et d'exposition avec quarante-et-un ateliers d'artistes. Auparavant, Juxtapoz avait investi, selon les mêmes conditions, l'ancien collège St Thomas d'Aquin durant deux ans, occupant l'espace avec une quarantaine de résidents toutes disciplines confondues (peintre, graphiste, photographe, vidéaste, réalisateur, luthier, plasticien, etc.) Plus récemment, un, immeuble de neuf étages de bureaux (dix mille mètres carré environ), situé à proximité du vélodrome et voué à la démolition, a été investi par deux cent cinquante plasticiens dans le cadre du projet "Buropolis" de création d'une cité éphémère d'artistes. Dans le quatorzième arrondissement, c'est l'ancienne usine Pillard qui a été occupée par un collectif constitué autour du groupe "Les pas perdus", composé d'artistes français et sud-africains s'inscrivant dans des projets d'art contemporain collaboratif. Suite à l'incendie du Comptoir de la Victorine, où ils étaient installés, ils ont découvert et rénové cette grande manufacture pour en faire un centre de recherches et un lieu de production et de vie "autour des intersections entre design, arts visuels, architecture et urbanisme".Plus d'une centaine d'artistes y travaillent. Et dans le quinzième arrondissement, à Bougainville, un entrepôt - renommé les ateliers Jeanne Barret - a été repris par un collectif d'architectes et d'artistes pour expérimenter des pratiques d'art et de spectacle et nourrir une réflexion sur le paysage urbain, en lien avec les habitants du quartier.Un lieu dévolu à la photographie a enfin émergé avec le Centre Photo à la Joliette.
Si la ville soutient ce genre d'initiatives, en restant attentive au territoire on constate également une réelle autonomisation des artistes en art visuels qui multiplient leurs interventions et leurs sources de revenus par la création des lieux transverses, les tiers -lieux générant des flux de publics, avec des expositions, des soirées, des ateliers destinés à un large public,des activités multiples génératrices de brassage de public et d'acteurs...
Aux Tableau: exposition, ponctuée de 17 événements, était ouverte au public du 10 juin au 10 octobre 2015.
Cette exposition a été organisée par l’association Juxtapoz et soutenue par le collectif 9ème concept.
Les dernières décennies sont marquées par la multiplication de ces tiers-lieux, fondés sur des modèles économiques en recherche d'équilibre et prompts à négocier avec les promoteurs immobiliers, l'occupation transitoire des espaces qu'ils projettent de rénover. Malgré l'épidémie de Covid, ces lieux ont continué à se maintenir et proposer des restitutions artistiques originales.
Dans le mode de restitution et ces tiers-lieux, sentez vous des évolutions; de plus, comment voyez-vous les prochaines années ?
Aujourd'hui,la question de l'espace de travail de l'artiste et la réception de l'oeuvre est essentielle. La dimension éducative et interactive avec le public est largement investie. Les artistes transmettent leur réflexion, leur perception du monde et la question du lien est souvent au coeur de leurs démarches.
Outre la place de la création numérique toujours plus présente je constate aussi que de nombreux jeunes artistes renouent avec certains métiers d'art (céramique, tapisserie, ...) qu'ils réinvestissent avec un nouveau regard . Les formes d'art évoluent et sont de fait transversales à d'autres pratiques artistiques ou non.
L'essor du Street-Art, de l'art numérique, la multiplication des créateurs de design, l'importance de l'art performatif complètent cette évolution.
De nouveaux modèles sociaux et économiques émergent également et intègrent l'acte de création avec l'augmentation des collectifs d'artistes de toutes disciplines et la multiplication des tiers lieux.
Je souhaite que la ville reste attentive et disponible aux créateurs et au territoire et accompagne cette multiplicité des regards, des formes et des modalités de restitution diverses.Il est nécessaire de soutenir le fonctionnement en réseau associatif des arts visuels, développer des projets en lien avec les institutions, le public, et créer de nouveaux ateliers, espaces de travail premier outil de l'artiste.
Les artistes relevant du domaine des arts visuels sont les plus précaires car ils ne bénéficient pas d'un régime d'intermittent similaire aux gens du spectacle. Nous demandons aujourd'hui aux structures institutionnelles et galeries qui accueillent leurs oeuvres dans le cadre d'expositions de rester vigilantes au paiement d' honoraires afin de les rémunérer même s'il n'y a pas de vente.Rares sont les artistes plasticiens qui ne vivent que de leurs travaux artistiques....
Exposition JEAN BEDEZ La paille des astres à la galerie du Château de Servières
Commissariat Martine Robin Dans le cadre de la Saison du Dessin initiée par PARÉIDOLIE, le Salon International du Dessin Contemporain. Une rétrospective des œuvres de 2010 à 2022.
Exposition du 29 octobre au 16 décembre 2022 En collaboration avec la galerie Suzanne Tarasiève, Paris
Ajouter un commentaire
Commentaires