ActeIII Tableau 3 suite, Nouveau directeur, nouveaux bureaux, nouvelle procédure, année capitale

Publié le 26 janvier 2026 à 19:12

Inauguration de l'année Capitale, plan de circulation pour la soirée d'ouverture

Nomination d'un nouveau directeur et installation dans les nouveaux bureaux

En 2011 la Ville décide dans un souci de rationalisation de regrouper sur un site unique des services dispersés dans la ville. La toute nouvelle nommée Direction de l'Action Culturelle est la première à rejoindre le 7e étage du 40 rue Fauchier. Elle y est rapidement rejointe par les autres Directions composant la Délégation Générale Éducation, Culture, Solidarité. Malheureusement ce regroupement n'est que géographique et ne suscitera pas les coopérations transversales que l'on aurait pu attendre entre les diverses Directions ainsi rassemblées. En juillet de l'année suivante, la nomination d'un nouveau Directeur met fin à près de deux ans d'intérim et relance une réelle dynamique au sein de l'équipe de la DAC.

Paradoxe de la dématérialisation des procédures

Entre 2010 et 2012, la Direction de la Politique de la Ville puis la Vile de Marseille dématérialisent les procédures de demandes de subvention. Dans le cadre de ma mission de correspondant de la politique de la ville, je devais émettre l’avis de la DAC sur les projets inscrits en thématique culture de contrat de ville. Jusque-là, je recevais une copie papier de l’ensemble des dossiers et les triais par thématiques avant de les transmettre à mes collègues conseillers culturels pour formuler notre appréciation. C’était simple et fonctionnait bien, je validais ensuite ces avis avec la direction et les transmettais au service politique de la Ville. Après la dématérialisation il était nécessaire de télécharger les dossiers uniquement identifiés par leur numéro d’enregistrement, il fallait alors ouvrir chaque dossier, puis ouvrir un des documents qu’il contenait pour identifier l’opérateur et la nature du projet et enfin renommer le dossier de manière intelligible. Répéter cette opération pour près de 100 dossiers était très chronophage et impossible à réaliser dans les délais imposés. Cela a rendu quasiment impossible la constitution d’avis concertés et validés par la hiérarchie ce qui a largement affaibli la mise en cohérence des actions culturelles du dispositif politique de la ville avec la politique culturelle globale de la ville.

Coté DAC, la dématérialisation des dossiers s’est traduite par l’impossibilité de collationner les demandes pour les examiner en comité d’expert. De plus la complétude des dossiers qui était vérifiée en amont pour l’ensemble des dossiers engendrait un surcroit de travail alors qu’auparavant nous vérifions seulement cela pour les dossiers ayant reçu un avis favorable des comités d’experts, cela a contribué à l’abandon du dispositif des comités d’experts 16 ans après sa mise en place.

Le gout des mots l’amour des langues

Toujours en 2012, le cabinet du maire nous transmet un appel à participation de la DGLFLF : Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France1 pour que la ville de Marseille s’associe à la semaine de la Francophonie. Ce n’est certainement pas la première fois que la ville de Marseille reçoit cet appel, d’ailleurs je découvrirai que nous avons déjà participé via la Direction des Relations Internationales. Sébastien Cavalier, Directeur de l'ACtion Culturelle, me demande d’étudier les possibilités de notre participation à cet évènement. Je réuni les structures référentes en la matière : la Direction des bibliothèques, la Direction des Relations internationales et quelques associations dont l’ACELEM et le Théâtre de la Cité.

Dans la mesure où le seul budget dont nous disposons est un budget de communication, il est compliqué de passer une commande précise pour les dates de la Semaine de la Francophonie qui s’articule autour de la Journée internationale de la Francophonie qui est toujours le 20 mars il n’est pas possible de lancer un appel à projet. Nous décidons de lancer un appel à contribution en recensant les manifestations existantes correspondant au thème et d’en publier un programme débutant lors de la semaine mais se déroulant tout le printemps. J’active mes réseaux associatifs, politique de la ville et lieux intermédiaires, nous organisons une réunion de présentation pour mobiliser les bonnes volontés et c‘est ainsi qu’est organisé le premier Printemps de la Francophonie à Marseille. Il en naitra un programme dont le point fort sera le 20e anniversaire des Espaces Lecture. L’année suivante la manifestation gagnera un sous-titre : « Le Gout des Mots, l’Amour des Langues » et un Groupe Face Book que je continue à administrer2. Il y aura 5 éditions. En 2017, la DAC lance par ailleurs la manifestation littéraire préconisée par l’enquête du Cabinet ABCD réalisée dans le cadre du contrat territoire lecture. Malgré mes interventions faisant remarquer qu’il faut coordonner les deux manifestations qui développent des thèmes connexes rien n’est fait. Finalement un tricotage maladroit se fera en 2017. La manifestation littéraire prendra le nom de « Oh les beaux jours ! » bénéficiant d’un soutien financier conséquent de la Ville. A partir de là il ne m’a plus semblé possible de mobiliser les bonnes volontés associatives pour contribuer au Printemps de la Francophonie alors que par ailleurs une manifestation sur un thème proche bénéficiait de financements pour rétribuer ses intervenants.

1 : https://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France

2 https://www.facebook.com/groups/164719297072667

 

Waterlitz L'Omni Ideal-X Totem de métal debout, 8 containers assemblés, 19 m de haut, il surplombe la ville. Création 2012 de Générik Vapeur présentée pour Marseille Provence 2013 dans le cadre de l'installtion "17eme arrondissement" que cette compagnie a réalisé sur le J4

 

L'Année Capitale

Le programme est organisé en trois épisodes : de janvier à mai, Marseille Provence accueille le Monde, juin, juillet, août c'est Marseille Provence à Ciel Ouvert. Enfin les quatre derniers mois de l'année sont placés sous le signe de Marseille Provence aux mille visages

Le déroulement de ce programme est rythmé par de grands événements : 12 et 13 janvier, Week-End d'ouverture, la parade des lumières descend des quartiers nord, la « Grande Clameur » résonne dans des points névralgiques et de grands spectacles en plein air se produisent dans le centre ville de Marseille .

3 et 4 mai, « Flammes et Flots » par la Compagnie Carabosse embrase le Vieux-Port. Le 9 juin des milliers d'animaux en troupeaux de chevaux, vaches, moutons et autres animaux traversent la ville lors d'une grande transhumance orchestrée par le Théâtre du Centaure. Pour l'occasion la Fête de la musique et le 14 juillet sont boostés de manière exceptionnelle. Enfin, une grande parade maritime rassemblant 1200 embarcations le 8 septembre et un impressionnant son et lumière pyrotechnique le 31 décembre ponctueront la dernière séquence du programme.

Ces grands événement ont rassemblé près de 1,7 million de spectateurs

L'année est aussi ponctuée par des inaugurations: le MUCEM, premier véritable transfert d’un musée national en région, la Tour Panorama, les plateaux et la restructuration de la Friche Belle de Mai, la rénovations et l'agrandissement de musées : Cantini, Beaux-arts, Borely, musée d'Histoire de nouveaux équipement : le FRAC, la Cité des Arts de la Rue, le Théâtre Joliette, le Musée Regard de Provence et deux lieux éphémères : le Pavillon M place Bargemon, L'Atelier du Large au J1

Pour le financement, 25 millions d'euros ont été réunis par des mécènes du secteur privé abondant les 78 millions de fonds publics réunis par les collectivités et l'État pour constituer un budget global de fonctionnement dépassant les 100 millions d'euros

Acquis et déboires de l'année capitale

- Le projet du Mucem qui était encore hésitant prend sa vitesse de croisière et ce Musée National est inauguré en 2013

- La rénovation des musées en particulier le Musée d'Histoire dont la 2eme tranche voit enfin le jour

- La fondation Regard de Provence qui a réhabilité l'ancienne Station Sanitaire quitte le Palais Carli pour y ouvrir son musée.

- Le Chateau Borely devient le musée des Arts Décoratifs et de la Mode

- La restructuration de la Friche belle de Mai, 2013 a été le catalyseur permettant de rassembler les fonds nécessaires à une opération de transformation d’envergure : restructuration globale, construction des petit et grand plateaux et de la Tour Panorama. SFT (Système Friche Théâtre l'association qui a porté la projet depuis plus de 20 ans sera désactivée et cède la place à une SCIC (Société Coopérative d’intérêt Collectif) qui assumera alors l’ensemble de ses compétences et missions

- Cirque en Capitale , projet porté par la Compagnie Archaos qui a initié le CREAC (Centre de recherche européen des arts du cirque) s'inscrira dans la durée en devenant La Biennale Internationale des Arts du Cirque.

- Le GR 2013, projet phare et structurant de l'année capitale animé aujourd'hui par le Bureau des Guides, est à l'initiative de nombreuses marches et rencontres au croisement des questions d'environnement , de culture, d'art et de nature

- Des œuvres plastiques dans l'espace public, le Tunnel Benédit-Jobin, 13003 Marseille : Le Tunnel des 1000 signes, deux installations issues du dispositif des « Nouveaux commanditaires » de la Fondation de France : les Fées de l'Huveaune, l'Opéra noir place Lully, et enfin, le taureau et le lion sur échasse de Stéphane Muntaner à l'entrée de l'Hôtel de Ville

- Une Convention Départementale sur le développement de la culture et du sport et le Forum Biannuel d'échange entre les champs culture et social s'inscrit dans la continuité du groupe de travail MP 2013-Contrats Urbains de Cohésion Sociale

- Marseille 3013 lieu d'exposition et d’événements culturels sur la rue de la république s'inscrit dans la prolongation du Off.

- Yes we camp propulsé par le Off gère entre autres Coco Velten et s'est déployé sur Paris.

- Il est quasi certain que sans MP 2013 le Théâtre de la Joliette n'aurait pas aussi magistralement succédé à celui de la Minoterie après la démolition du lieu d'origine.

- La structure Scène 44 N+N Corsino est installée dans le pôle média de la Friche Seita

Les enquêtes menées ultérieurement feront état d'un incontestable succès public avec 11millions de visiteurs ainsi que d'une évolution très positive de l'image de la ville . On notera aussi l'élargissement des horaires du métro, une augmentation sensible de la fréquentation touristique ainsi que du nombre de congrès accueillis1.

 

1 https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/marseille-capitale-europeenne-de-la-culture-10-ans-apres-que-reste-t-il-2686562.html#xtor=EPR-521-%5Bfrance3regions%5D-20230112-%5Binfo-bouton4%5D&pid=726375-1571699907-e37ba5f5

En haut; village chapiteaux de la BIAC

En bas à gauche le château d’If accueille l’épisode le plus atypique de la saga des Révélations

En bas à droite MEGAPOLE - Compagnie Grenade, Josette Baïz et DJ Paul Virgo - pour la soirée d'ouverture de Marseille Provence 2013 - aux ABD Gaston Deferre à Marseille 

- Malgré le Off, une première pour une Capitale Européenne de la Culture, la principale déception est le peu de prise en compte et de soutien des acteurs locaux tout particulièrement des lieux intermédiaires dont la richesse a pourtant été un des arguments porteur de le candidature.

Pour bien comprendre ce phénomène du Off, il faut lire l'article de Nicolas Maisetti : « Marseille 2013 Off : l’institutionnalisation d’une critique ? » Faire-Savoir : Sciences de l’Homme et de la Société en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 2013, 10, pp.59-68. Hal-016807061. Il y est question de bien comprendre l’expression d’une contestation plus ou moins radicale de l’organisation et de l’orientation du projet en écho à la marginalisation des artistes locaux dans la mobilisation en faveur de la candidature.

- On peut aussi déplorer que l'Atelier du Large installé dans le hangar J1 du port autonome n'ait pas lancé de dynamique structurante pour l'avenir de cet immense lieu sans usage de l'espace portuaire.

- Un temps envisagé, la renaissance sous une autre forme place Bargemon du « Pavillon M » lieu centralisant l'information permanente et de rencontre autour de la programmation ne se fera finalement pas.

- A noter aussi l'absence de pérennisation du dispositif très efficace « Champ social » produit du partenariat avec la Politique de la ville.

- La Villa Méditerranée, son inauguration en 2011 précèdera celle du MUCEM, cet établissement improbable et au projet initial confus connaîtra une déshérence de plus de 10 ans pour finalement dans une refonte importante de ses espaces, accueillir en 2022 la réplique de la Grotte Cosquer

- Paradoxalement, alors que la Capitale Européenne de la Culture était l'aboutissement du Schéma Directeur Culture 2002-2012 elle a aussi d'une certaine manière empêché l'écriture du Schéma Directeur 2014-2024. De fait, avant 2013 il était compliqué de se projeter sans connaître les effets de cette année exceptionnelle. Par la suite, la volonté politique a manqué pour élaborer des perspectives et une vision à long terme à partir des bilans et évaluation de l'année « Capitale ». Une tentative de constitution des groupes de travail réunissant des personnalités du milieu culturel a bien été lancée, par la Direction de l'Action Culturelle mais ce n'est pas allé au-delà de la réalisation des listes des éventuels participants.

1https://hal.science/hal-01680706v1/document

 

Flammes et flots une réalisation de la compagnie Carabosse programmé par l'association Karwan

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