François Bazzoli, le regard d'un historien de l'art

Publié le 22 mai 2026 à 19:18

Démonstration de sérigraphie à l'occasion de la manifestation "Retour de la Biennale des jeunes créateurs en Méditerranée" à la galerie Château de Servières en mai 2016

François Bazzoli Professeur d'histoire de l'art

Propos recueillis par Gilbert Ceccaldi

Il me reçoit chez lui.

Sur le site de son éditeur on lit  : «  Historien d’Art, Professeur émérite d’histoire de l’art contemporain de l’école des Beaux-Arts de Marseille. Historien d’art de formation et historien d’art contemporain par goût des expériences à la limite et du travail sur la marge  »

Comme à l'habitude, je lui retrace les grandes lignes de la démarche et lui indique que c''est le dernier entretien dans le cadre du projet de publication, «  Une Histoire de la Culture à Marseille  »

Lorsque finalement j'évoque que mon récit débute avec l'agrandissement de la ville sur les ordres de Louis XIV, il fait remarquer qu'avant cela, les limites de la cité étaient depuis plusieurs siècles les mêmes que la Massalia Romaine.

J'indique ensuite que le deuxième événement clé du développement culturel de la ville, est lié à l’intérêt que lui porte Napoléon III suite au percement du Canal de Suez  : si Louis XIV s'était intéressé à la cité pour des raisons de stratégie militaire, les raisons du IIIe Empire sont d'ordre économique.

François me signale alors qu'un événement important a eu lieu entre ces deux moments historiques: 

«  En 1752 a été créée l'Ecole des Beaux arts, qui avant de se trouver dans la Chapelle des Bernardines était installée dans l'Arsenal des Galères inemployé depuis le départ de l’Arsenal à Toulon. Les élèves étaient destinés à devenir dessinateurs pour la marine, c'était le premier usage de l'école.

Il y avait deux issues possibles à l'époque  : la céramique à Saint-Jean du Désert et la Marine  : les étudiants sortant étaient aiguillés vers l'un de ces deux métiers.

À partir du milieu du dix-neuvième siècle, sous la direction du peintre provençal Emile Loubon, l'école a déménagé aux Bernardines- dont le site accueillait aussi le musée des beaux Arts - et sa destination a été réorientée selon des modalités qui se rapprochent du fonctionnement actuel. Stendhal raconte sa visite au musée des Bernardines  : l'enseignement des étudiants était basé essentiellement sur l'imitation des œuvres à disposition. Les tableaux couvraient entièrement les murs. On appelle cela l'accrochage en tapisserie qui tient compte seulement de l'espace sans considérer la qualité des œuvres ou leur hiérarchie . Il s'agissait d'en mettre le plus possible jusqu’au plafond.

En 1867, le musée a été transféré au Palais Longchamp et l'école est restée aux Bernardines jusqu'à l'ouverture du Palais Carli en 1875.

Ces deux palais ont le même architecte, Henri -Jacques Espérandieu. Pour le palais Longchamp, plusieurs architectes célèbres ont été sollicités  : Auguste Bartoldi a déposé un projet, mais la préférence est allée au projet d'Espérandieu et Bartoldi lui a fait un procès pour plagiat, ce qui a retardé les travaux.

Après l'agrandissement voulu par Louis XIV, cette période constitue le deuxième moment fort du développement urbain de la ville avec des constructions emblématiques  : le palais de la bourse, la préfecture, le palais du Pharo et le projet haussmannien du percement de la rue de la République. Mais comme à Paris, ce percement est un bouleversement, il signe la disparition de tous les quartiers populaires situés en contrebas du Panier.

L'histoire de Marseille est complexe. Celle de la culture à Marseille l'est encore plus  : difficile de trouver un fil conducteur non seulement dans les siècles passés, mais aussi pour mon vécu des cinquante dernières années.

Les Marseillais ont une certaine propension au masochisme  : ils affirment qu'il n'y a rien à Marseille, aucun monument, ce qui est totalement faux  : tout est dispersé mais non inexistant. La dispersion et la diversité sont le défaut et la qualité de cette ville, qui s'est constituée comme un assemblage de quartiers et de villages, sans vue globale. Ce qui explique la dimension plus villageoise que citadine de la vie des habitants des quartiers...

Je constate aussi ce phénomène de dispersion avec l'éloignement des facultés à Aix-en-Provence et Luminy, le Musée d'art contemporain situé dans le huitième arrondissement ou même le Mucem qui est somme toute assez loin du centre ville. Peut-être l'école des beaux-arts, inaugurée en 1968,  a t'elle été également construite à distance afin d'éloigner des étudiants qui causaient pas mal d'agitation au centre ville.

J'ai enseigné 10 ans à Toulon et 28 ans à Marseille. J'ai connu François Bret en tant que directeur de l'école au début de ma carrière et à la fin de la sienne dans les années 80. En 2003, Il a publié ses mémoires dans lesquels il parle abondamment de l'école des beaux arts de Marseille et de toutes les personnalités prestigieuses qu'il y a amenées (Viallat, Kermarrec, Jaccard, Toni Grand) ou invitées (Lucien Clergue, Aléchinsky, César... ) . A sa lecture, on peut constater que Marseille n'est pas du tout un désert culturel. 

Dans les années 50-60, plusieurs personnalités du monde des arts marquent profondément la vie culturelle Marseillaise...

Oui, coté musées, il y a eu aussi Marielle Latour qui arrive à Marseille en 1947 avec on mari Jacques L’atour et devient, à  la mort de celui-ci en 1954, conservatrice des musées des beaux arts, Longchamp, Cantini, Grobet Labadie. C’est elle qui y a introduit l'art contemporain. Elle a joué un rôle très important dans le développement des musées et a créé avec son mari le musée Cantini. Après le décès de celui-ci, elle a renouvelé complètement la direction des musées en achetant des œuvres de jeunes artistes qui sont devenu les phares de la deuxième moitié du vingtième siècle oet très rapidement, Cantini est devenu un des trois musées hors Paris consacré à l'art contemporain. Aujourd'hui, plus personne ne s'en souvient, mais lorsque le Centre Pompidou a ouvert, une exposition d'art contemporain a été organisée sur ces trois musées  : Grenoble, Saint-Etienne et Marseille.

Marielle Latour, décédée en 1993, a été mon mentor et a formé des personnes importantes, dont Danièle Giraudy qui en 1967 a inventé le musée des enfants dans le musée Longchamp, projet  récupéré par le Centre Pompidou qui l'a fait venir à Paris, ce qui a mis fin provisoirement au projet Marseillais qui n'a été repris qu'en 1991 au Préau des Accoules dans une salle de l'ancien Observatoire Royal de la Marine.

Fut un temps, jusqu'en 2010 ou 2012, où l'Ecole des Beaux art avait une galerie en centre ville, rue Mongrand, puis sur le le Boulevard Chave, ce qui donnait une visibilité à l'école et aux travaux des enseignants et des étudiants. J'ai organisé une exposition avec Anne-Marie Pécheur à partir d'ateliers autour de l'écriture et de sa dimension plastique. Un relais a été pris par la Friche, mais de cinq expositions par an, on est passé à une seule qui n'est plus identifiée Ecole des Beaux Arts, car elle se perd dans le programme de la Friche. On ne trouve plus d'émanation de l'école dans la ville.

Il y a eu une période faste que l'on peut dater de l'arrivée de Germain Viatte et de Dominique Wallon en 1985 et 1986. Cela a énormément fait avancer la culture à Marseille. Jean-Claude Gaudin a conservé et poursuivi en partie cette politique avec l’aide de Jean Mangion, jusqu'en 2010, année à partir de laquelle y a eu une désaffection presque totale de la politique culturelle de la part de la ville.

Réouverture du musée des beaux art après rénovation en février 2014.

Luc Georget, conservateur du musée,  souligne que « C’est une date importante dans l’histoire du musée. Non seulement les chefs-d’œuvre de la collection permanente vont de nouveau être exposés mais en plus dans des conditions optimales grâce à la rénovation qui a permis au Palais Longchamp de retrouver son architecture de l’époque ».

in: Réouverture du musée des Beaux-Arts de MarseilleParJean Luc Cougy29 janvier 2014-Mis à jour le 16 juillet 2016

Portes ouvertes Cap 15  2022

sculpture de Cyrille André Ballet d’une méduse Cristalline, 2022, 250x230x146 cm, fonte d’aluminium.
Commande publique pour le Biodiversarium de Banyuls-sur-mer.

Cap15 est un lieu de vie, de pratiques et de créations artistiques fondé en 1997 dans les locaux d'une ancienne menuiserie reconvertie en ateliers d'artistes dans le 15ème arrondissement de Marseille. Le site rassemble des artistes, auteur·es, créateur·rices, musicien·nes ou technicien·nes.

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